Il invente une consigne pour prolonger la vie des appareils

A PROPOS

Date de parution: 
15 juin 2016
Source: 
http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/invente-consigne-prolonger-vie-appareils/story/29493257
Organisation: 
NOE21
Thématiques: 
Écologie/gestion environnementale
Ecologie : un Jurassien propose un système détonnant pour promouvoir la réparation. Il expose son projet à Genève.

Faut-il changer son frigo pour économiser de l’énergie? Pour Lucien Willemin, c’est n’est pas le bon geste. «La technologie propre n’existe pas, c’est un miroir aux alouettes.» Ce Jurassien fait une tournée de conférences à Genève pour dénoncer cette «écologie de surface». Et proposer un système plutôt étonnant visant à prolonger la vie des objets et à lutter contre l’obsolescence programmée, qui nous fait changer de smartphone tous les deux ans.

Lucien Willemin a travaillé dans la banque puis dans l’horlogerie. Il a vu la Chine devenir l’atelier du monde avec ses usines crachant leurs fumées noires. Il en est revenu avec une conviction: la déforestation, l’extraction des minerais, leur transformation et le transport de nos objets nécessitent une énergie colossale et génèrent des pollutions importantes. «Acheter, c’est polluer», dit-il.

Epargne forcée

Sa réponse? Il propose la création d’une consigne énergie grise. Elle doit permettre de prolonger la vie des objets, «et ralentir ainsi ce consumérisme effréné, mais sans créer de rupture avec le système économique.» Son idée a déjà reçu un certain soutien à Berne, indique cet enthousiaste qui se fait fort de traquer partout l’énergie grise.

Sa consigne fonctionne ainsi. Lors de l’achat d’un appareil, l’acheteur s’acquitte d’une consigne en plus du prix de l’appareil, par exemple 20 francs. Celle-ci est versée sur son compte personnel, géré par une caisse nationale. C’est comme l’épargne forcée que les employés connaissent pour le deuxième pilier.

Le consommateur peut ensuite utiliser cet argent accumulé pour payer la réparation de ces appareils. Cela peut être de l’électroménager, de l’électronique ou des voitures. L’Etat et les entreprises seraient aussi soumis au système.

«Cette consigne présente plusieurs avantages, énumère Lucien Willemin. Elle incite à réparer et favorise donc l’émergence des réparateurs. C’est bon pour l’emploi de proximité et ça valorise l’intelligence manuelle. Cela permet aussi aux entreprises de récupération de se développer. En amont, elle incite les gens à acheter des objets réparables et à lutter contre l’obsolescence programmée.»

Postulat à Berne

Lucien Willemin insiste: «Cette consigne n’est pas une taxe, dont on ne sait jamais où elle va. L’argent vous appartient, vous en recevez un décompte chaque année.»

Ne craint-il pas la création d’un monstre bureaucratique? «Non, le système est simple et la technologie à disposition. Il suffit de gérer des entrées et sorties d’argent, les capitaux ne sont pas placés. Et si cela crée quelques emplois, où est le problème?»

Son idée, formulée dans un livre, a intéressé cet hiver 14 conseillers aux Etats à Berne qui ont soutenu un postulat dans ce sens. Le Conseil fédéral a proposé de le rejeter. Mais Lucien Willemin ne veut pas en rester là.

Conférence «Croissance, décroissance, comment sortir de l’impasse?» de Lucien Willemin. Mercredi 1er juin, 18 h 30. Maison des arts du Grütli. A lire, par l’auteur: «Fonce Alphonse», en librairie ou disponible sur www.lachaussurerouge.ch (TDG)